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En toute franchise, non merci !

« De vendeuses à vendues ». Le bon mot qui qualifie le sort des Delhaizien.nes est de Felipe Van Keirsbilck, le secrétaire général de la CNE qui dans son dernier édito (Le Droit de l'employé) en appelle à la solidarité par le boycott des magasins. Car si les Delhaiziens sont au premier rang des victimes, les client·es, quoiqu’en dise Delhaize, ne seront pas gagnant·es. Ouverture le dimanche vs hausse des prix et diminution de la qualité ? Dans Le Bureau des Secrets professionnels, le jeune employé de boucherie d'un autre franchisé bien connu nous raconte ce que cela signifie au quotidien. Horaires fragmentés, überisation des prestations sous statut d’interim, mépris affolant de la traçabilité, des normes sanitaires et de l'hygiène la plus élémentaire... en toute franchise, non merci.

Date de péremption

Rien de ce que je vais raconter n’est inventé. Je pense même que ce sont des pratiques courantes.


J’ai travaillé cinq mois à la boucherie d’un supermarché. Avant cela, j’ai travaillé dix ans dans l’Horeca. (...) J’ai profité d’un déménagement pour changer d’emploi et je suis entré dans la boucherie via une agence d'intérim.


Il fallait tout apprendre sur le tas. D’abord on était trois, puis plus que deux. J’ai demandé au gérant si c’était normal ; il m’a dit qu’il devait faire des économies.


Il fallait monter un comptoir en une heure de temps ; je commençais à sept heures et à huit, tout devait être prêt. Des collègues arrivaient en retard ; on manque de bouchers et certains venaient de loin. Le métier demande des compétences particulières, découper la viande, par exemple. Je n’avais jamais fait ça. Je ne connaissais pas toutes les appellations : je pouvais reconnaître un spiringue de porc, ou distinguer une charolaise d’un blanc bleu, mais entre un filet pur et un pelé II… j’ai dû apprendre sur le tas. Et puis, on avait beaucoup de promotions. Il fallait retenir tous les codes.


Le problème, c’était la gestion des stocks : on commandait des tonnes de nourriture qu’on n’écoulait pas forcément. Parfois les dates de péremption étaient dépassées. Alors, on faisait des promotions qui restaient là deux ou trois jours. On a vendu des cordons bleus périmés. Une cliente a demandé trois cordons bleus et ma collègue les lui a vendus, malgré qu’elle savait que la date de péremption était dépassée.


Un jour j’ai eu un problème avec un colis barbecue commandé par téléphone par une cliente. Il n’était pas prêt ; malgré le monde, je propose de le lui préparer sur-le-champ. Elle revient une heure après, scandalisée, parce qu’une partie de la viande, des brochettes de petits boudins, était périmée. Moi, je ne pouvais pas le savoir ! J’appelle le chef boucher qui constate qu’en effet, la viande est périmée. En fait, on reçoit les petits boudins qu’on pique nous-mêmes à l’avance sur des brochettes ; la viande était restée un certain temps dans les bacs et personne n’avait veillé à son retrait du rayon. Mes collègues mettaient au comptoir de la viande dont ils savaient pertinemment qu’elle était périmée, et ils la vendaient. Quand j’ai émis un doute sur la fraîcheur des cervelas dont la date était dépassée, ma collègue a proposé de les goûter. Moi j’ai refusé ! Elle les a goûtés et les a remis en rayon. Ça me rendait malade !


La marchandise arrivait de la centrale étiquetée et datée. Mais une fois déballée, cette traçabilité était perdue, par négligence. On préparait les boudins, on les mettait en réserve et on ne notait rien. Un jour on a eu un contrôle sanitaire qui a pointé des problèmes de traçabilité. Il y avait du haché au comptoir dans un bac; oui mais du haché de quoi ? D’où ? On a eu un avertissement mais qui n’a servi à rien.


Je pense que dans d’autres magasins, les procédures sont plus strictes. J’en connais qui pré-emballent tout, ce qui est mieux. Mais est-ce suffisant ? Peut-être qu’on change les étiquettes ; ça doit arriver, je n’en sais rien. On avait du saucisson de jambon périmé ; les gens devaient le voir sur l’étiquette mais ils l'achetaient quand même. Je l’ai fait remarquer à mon collègue… qui a retiré les étiquettes et en a remis d'autres avec une nouvelle date de péremption. Ça ne va pas !


Quand nous étions deux, la plupart du temps, je laissais mon ou ma collègue au comptoir tellement il y avait à faire en réserve pour assurer un minimum d’hygiène. Certains de mes collègues laissaient ce travail aux autres mais moi, je suis très à cheval sur l’hygiène. Quand on voyait l’état de la boucherie… Pas question d’assurer le nettoyage le soir après la fermeture, de faire des heures sup’. Il fallait voir l’état des carrelages, du sol, les coulées sur les murs, les armoires-frigos, la crasse sous les trancheuses, les plastiques qui recouvraient la viande… Certains soirs, ça sentait la rage ! C’était dégueulasse. J’avais envie que ça change, mais dans ces structures, rien n’est fait pour que ça change. On nous fait prester des horaires irréguliers, 7h-15h un jour, parfois l’après-midi, parfois le matin, parfois à deux, parfois pas… jamais rien de fixe.

Nous étions tous intérimaires ou indépendants. Un jour, le gérant ne m’a pas repris dans les horaires. J’étais devenu indésirable. Il ne m’a même pas prévenu.

J’ai alerté les autorités sanitaires en me faisant passer pour un client. Ils ont effectué un contrôle et ont relevé des problèmes de fraîcheur. Ma belle-mère a été malade après avoir consommé de la viande de ce supermarché. Pour moi, c’est insupportable ; c’est ce que je veux dénoncer. En tant que patron, on a une responsabilité : on doit vendre de la fraîcheur au client. Maintenant je cherche du boulot, mais plus dans l’alimentation. Je cherche dans l’humain. J’aime les enfants ; je songe à devenir puériculteur.


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