CES PROPOS N’ENGAGENT PAS QUE MOI




En matière de vaccin anti-covid, la neutralité est une posture moralement intenable




Non, ces propos n’engagent pas que moi. Non, toutes les opinions ne sont pas respectables. Non, il n’y a pas de neutralité possible en matière de vaccin anti-covid. Au fil de mes nombreuses lectures et de mes rares interventions sur les réseaux sociaux, je lis souvent que l’important est de rester ouvert·e et respectueu·se des opinions d’autrui. J’ai même entendu que toutes les opinions se valaient car nous étions en démocratie. C’est confondre la valeur d’une opinion et le droit de l’exprimer. Car toutes les opinions ne sont pas respectables. Si elles sont à peu près toutes le droit de cité, au nom de la liberté d’expression, certaines méritent juste la condescendance ou le mépris, comme le terre-platisme ou le complotisme ; d’autres méritent qu’on les combatte avec force : le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme, le sexisme. En matière de Covid, un certain relativisme au sujet des chiffres de la pandémie, de la saturation des hôpitaux, des facteurs de contagiosité et de la dangerosité du virus (le syndrome #grippette) mériterait qu’on s’en moque… s’il ne menait en droite ligne au refus des gestes barrières et surtout du vaccin. Quant au doute, de bon aloi par nature, scientifique quand il interroge les nouvelles technologies vaccinales ou politique quand il souligne l’emprise des lobbies pharmaceutiques sur nos gouvernements, il devient aussi plus que suspect quand il s’inscrit dans la durée et se transforme en scepticisme* alors que l’information scientifique ou vulgarisée et le débat d’idées se donnent en toute transparence sur la place publique.



Les gens qui refusent de se faire vacciner ou qui tâchent de convaincre autrui de ne pas le faire ne sont pas neutres. Ne sont non plus pas neutres ceux et celles qui disent : « vaccinez-vous si vous si vous voulez, c’est votre droit, mais pas moi, pas maintenant , c’est le mien ». Ils ont choisi leur camp. Celui des alliés de la pandémie, des amis du virus, et de tout ce qu’il installe : la saturation des hôpitaux, le confinement, la récession économique, le chômage, la fermeture de tous les lieux de culture et de joie partagée, cinémas, restaurants, le couvre-feu, les contrôles de police, la restriction des libertés individuelles et collectives. En n’agissant pas pour le bien commun, en n’oeuvrant pas chacun à sa mesure comme les colibris qu’ils prétendent parfois être, par le choix du vaccin (comme les mêmes ne le faisaient pas pour le masque ou le respect du confinement), les antivax et les hésitants vaccinaux favorisent tout cela, maintenant, dans la répétition et dans la durée : pire, ils s’en rendent objectivement complices. Je ne vous rappellerai pas les principes de l’immunité collective et notre responsabilité de la protection des plus vulnérables et de ceux qui ne seront pas vaccinés – non que le vaccin serait inefficace sur ces personnes mais parce que ces groupes n’ont pas fait l’objet d’essais cliniques : les immunodéprimé•es, les allergiques graves, les femmes enceintes et les enfants de moins de seize ans. Quand j’entends dire : ma famille et mes amis se feront vacciner, moi pas, je dis : lâches. Egoïstes. Quand j’entends qu’en France la directrice d’une maison de retraite a convaincu son personnel et plusieurs de ses résident•es de ne pas se faire vacciner, je dis : criminelle. Pendant la guerre – et je n’ai pas peur de prendre deux ou trois points Godwin d’un coup – il était possible de rester neutre. Il était toujours possible, entre résistance et collaboration, de ne pas choisir. De faire le gros dos, d’attendre que ça passe. C’est ce que la majorité ont fait, d’ailleurs. Et pendant la guerre, si un Juif sonnait en pleine nuit à votre porte en demandant de l’aide, il était possible de s’en faire le Ponce Pilate, en le renvoyant dans la nuit de son destin sans le dénoncer ni lui porter secours - au risque qu’il se fasse arrêter mais aussi au petit bonheur la chance qu’il tombe sur quelqu’un de solidaire. Il était possible de ne pas agir, et de retourner s'endormir du sommeil des couards. Pas très brave comme attitude (ni très respectable) mais après tout, ça se défend.


Par contre, en matière de vaccin anti-covid, la neutralité est une posture moralement intenable. Le virus se répandra toujours exponentiellement, déconfinement après déconfinement, jusqu’à ce qu’il disparaisse de sa belle mort après que nous ayons enterré les nôtres, de morts. Il faut vacciner le plus grand nombre, le plus rapidement possible – 7,7 millions de Belges en trois mois, oui - tout simplement parce que plus le virus se transmet, plus il se donne de la chance de muter - et les personnes qui refusent le vaccin par ignorance, crainte ou individualisme contribuent objectivement à la circulation du virus et à ses mutations. Un jour, sans doute proche, une mutation surviendra qui rendra le Covid invulnérable au vaccin. On trouvera un nouveau vaccin, mais tout sera à recommencer. En matière de vaccin, l'équation est simple et la réponse s'impose : il n’y a pas à hésiter. C’est une course contre la montre et personne n’a le droit de rester sur le banc. Le Covid, on est pour ou contre : il faut choisir son camp. D. Costermans, citoyenne & solidaire *"À quelques jours de la première phase de vaccination en Belgique, qu’en pensent les citoyens ? C’était l’une des questions qui figurait dans le baromètre La Libre Belgique/La Dernière Heure/Vers l’Avenir/Dedicated. Et la réponse a de quoi surprendre. En effet, seul un Belge francophone sur deux dit qu’il compte se faire vacciner quand cela sera possible. À l’inverse, 35 % d’entre eux ne le feront probablement pas (17 %) ou certainement pas (18 %). Près d’un francophone sur dix (12 %) ne sait toujours pas quoi en penser." La Libre, 21 déc. 2020.



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