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« Blancs diaphanes et rouge baiser », une installation de Myriam Louyest

  

À L'Étable des Anciens Abattoirs, dans la galerie du WCC•BF

Du 28 octobre 2017 au 4 février 2018

 

La communiante de Tamara de Lempicka a beau se draper d’un air de Sainte Nitouche, personne n’est dupe, surtout pas Myriam Louyest dont l’enfance et l’éducation s’inscrivent, comme pour beaucoup d’entre nous, dans le bain d’un catholicisme omniprésent.

 

Drapée dans une construction d’étoffes blanches (pureté, virginité, carnation, chair) aux ombres tranchées, la communiante se tient debout contre un prie-Dieu rouge (sang, passion, péché), le regard tourné vers le haut, j’allais écrire révulsé. Comme celui de la Thérèse du Bernin, le visage de la communiante de Lempicka – que j’ai envie d’appeler Lolita, par un curieux glissement du nom de la peintre russo-polonaise à celui d’une créatrice française de parfum - comme le visage de Sainte Thérèse au cœur pénétré du dard de l’Ange, celui de Lolita exprime l’extase – et Dieu sait si l’extase dispute sa part de mystique au sexuel.

 

Myriam Louyest a choisi de dialoguer avec Lempicka par le verre fusionné, une technique qu’elle explore depuis des années en des monolithes qu’elle fait entrer en écho avec l’espace, comme dans l’ancienne piscine de Mouscron (2014) ou dans la Chapelle du Parc d’Enghien (2016).

Son installation s’intitule « Blancs diaphanes et rouge baiser ». Comme le tableau avec lequel elle dialogue, elle joue des contrastes entre la translucidité et la douceur des blancs, l’opacité et la profondeur des rouges. Comme le tableau aussi, l’installation se compose d’une série d’éléments qui occupent l’espace. Mais le génie de la plasticienne est d’avoir radicalisé la lecture du sujet et de l’espace d’une part en la traduisant en une série de monolithes minéraux et d’autre part parce que ceux-ci, même en résonnance les uns avec les autres, sont séparés, dissociés, modulables.

 

« Une communiante pas si innocente qu’elle voudrait nous le faire croire », écrit Myriam Louyest. Tamara de Lempicka, la plus célèbre des peintres de la période art déco, après avoir fui la révolution bolchévique, scandalisa l’époque par son audace stylistique parfois qualifiée de « cubisme doux » mais aussi par un style de vie émaillé de nombreuses liaisons sulfureuses. Le Rouge baiser de « Blancs diaphanes et rouge baiser » rappelle le rouge du prie-Dieu, celui des veines translucides enchâssées dans le verre opalin de Louyest et la tranche du monolithe central qui figure le missel de la communiante. Ce rouge, délicatement révélé par la translucidité du verre, s’installe d’abord à l’avant-plan de l’œuvre, qu’il précède et leste, en un bloc d’un grenat dont la profondeur est soutenue par des milliers de petites bulles gazeuses emprisonnées dans le verre. « Rouge baiser », c’est aussi le nom du premier rouge à lèvres indélébile créé dans les années 20 pour les femmes libres – forcément scandaleuses. « Rouge baiser permet le baiser » clamait la publicité de l’époque, dans une affiche dont le slogan et le graphisme invitaient déjà à la transgression.

 

En 2016, Louyest investissait l’ancienne Chapelle du Parc d’Enghien, dont elle remplaçait certains panneaux du retable par du verre fusionné indigo. Mais surtout, c’est par une sombre et impressionnante Trinité minérale disposée sur l’autel que l’on était saisi en entrant dans le lieu. Profanation ? L’installation de Myriam Louyest, ténébreuse et dérangeante, d’une beauté grave, questionnait déjà le sacré. Un an plus tard, « Blancs diaphanes et rouge baiser » interroge à son tour le mystique, en une installation sacrilège qui, dans la foulée du geste de Lempicka, le minéralise et le démembre.

 

 

 

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