Des provisions de bonheur, un titre sucré pour seize nouvelles acidulées, douces-amères, mordantes, cyniques et tendres. Comme la vie finalement : tragique, à ne pas prendre au sérieux, à consommer sans modération.
Des Provisions de bonheur
Elle a trop faim. Elle braque le volant vers la gauche et gare la Corsa à contre-courant de la circulation. Dans le chenal, une armada de petits bateaux qui dansent qui roulent qui tanguent ; en face, des façades hautes, claires. On dirait la photo d'un puzzle 1000 pièces, bonjour l' embrouille avec cette forêt de mâts, et ces ardoises si noires qu'elles en bleuissent au soleil.
A droite un magasin de souvenirs, baromètres instruments de marine cartes postales. Puis, la Capitainerie, brasserie, menus à 69FF et 129FF. Allez, " brasserie ", c'est bon. Seule, elle craint le restaurant, le service, la quantité la qualité, à quoi bon : elle a juste faim. Elle craint le bar, entre-t-on seule dans un bar, ces regards d'hommes, et puis les codes : bar-tabac, presse-tabac, un express un grand crème, et les pourboires ? Faut-il laisser un pourboire, combien, ce matin le garçon n'a même pas rendu la monnaie. C'est compliqué la France, et ces garçons de café qui croient qu'avec la langue vous maîtrisez tous les codes.(...)
(extrait de Tempêtes)
 
“Lire une nouvelle de Dominique Costermans, c'est - malgré soi, n'est pas Zorro qui veut - sauter du premier étage sur un cheval au galop.(...)”