Le parfum des roses coupées emplissait la remise depuis plusieurs jours, mais ce matin, malgré la chaleur de juin qui déjà magnifiait tout, la rosée, l’herbe tondue, et les fleurs du sacrifice, ce matin, c’est le pain brûlé que la cuisine sentait. Maman dépose sur mon assiette deux tartines striées d’ocre et de brun. La mie grillée est appétissante, j’y étale prudemment le beurre jaune qui se liquéfie en un petit grésillement, mais les croûtes, les croûtes ô malheur, sont bel et bien noires. Noires, mais hélas pas charbonneuses, ce qui eût apitoyé maman. Non, elles sont noires, mates, et j’en pressens déjà le goût détesté du brûlé dans ma bouche. Comment faire pour fléchir ma mère, invoquer sa clémence, sa grâce, sa permission, s’il te plaît, pas les croûtes, je peux laisser les croûtes ?(...)